LE MAG / L’EST RÉPUBLICAIN LE 24/02/2019

Par Karine FRELIN

Qu’ont en commun l’araignée, le cheval, la chouette, le loup et la salamandre ?

Ils peuplent le bestiaire personnel de la Franc-Comtoise Denise Crolle-Terzaghi.

Dans son antre, les animaux sont en papier. Lové sous la neige au pied des Vosges comtoises, à quelques kilomètres de Belfort, l’espace de création de Denise Crolle-Terzaghi une bulle où les histoires jaillissent autant sur les murs que dans les pages.

Elle a d’abord été recherchée pour sa créativité, son imagination manuelle. D’ailleurs, sur les gravures qu’elle compose encore, la craft designer aux dizaines de livres de loisirs créatifs glisse des images qui se superposent pour inviter à conter. Ses sujets de prédilection : les la nature et… les animaux. Ceux du quotidien, qui traversent le champ derrière la maison, l’entourent et l’apaisent. Mais aussi ceux qu’on ne voit pas, et qui peuplent son bestiaire.

C’est donc tout simplement un recueil littéraire de « légendes et superstitions » qui a vu le jour sous sa plume, en 2015 d’abord dans un grand ouvrage illustré, extrêmement

documenté, avant de revenir, à l’automne, dans un grimoire aux tranches dorées. Mais qu’est-ce que l’araignée aurait donc de « fabuleux » ? « Elle a des aptitudes étonnantes écrit Denise Crolle-Terzaghi, qui, pour dresser le portrait de vingt animaux magiques et/ou diaboliques, a compulsé pendant des mois des ouvrages datés du XVIIe au XIX

avec, pour objectif, « de sortir des sentiers battus ». L’araignée, donc, qu’on adore ou qu’on abhorre : huit pattes de poils et d’épines, quatre paires d’yeux, de quoi en faire le géomètre de l’humanité. « Jusque dans les années 1800, on en faisait encore bouillir dans l’huile pour traiter la peste, et on y croyait. »

Un plaisir inédit d’écriture

Si l’homme est parfois « un loup pour l’homme », les animaux, notamment certaines de leurs parties organiques, sont utilisés depuis la nuit des temps pour « faire du bien ou du mal ». C’est ce qui passionne cette auteure atypique qui entremêle en elle du sang alsacien, vosgien et franc-comtois : « J’adore travailler sur les croyances populaires, qu’on trouve encore jusqu’au fond de nos campagnes ».

Pour compiler toutes ces histoires « vraies », elle a pris des pages innombrables de notes, « analysé les sujets, je les ai réécrits à ma façon, tout en croisant et recroisant les sources ». Un plaisir inédit d’écriture qui évoque tout autant la chouette du fond du jardin que le chat noir ou le dragon. Même le Montbéliardais Georges Cuvier, l’un des plus grands naturalistes du XVIIIe  siècle, a « prétendu qu’il avait existé » ! Plus proche de notre époque, la huppe, toujours utilisée par les marabouts africains « pour éloigner les mauvais esprits ». De tout temps, et pas seulement au Moyen-Âge, l’animal est donc un prétexte pour jouer avec nos nerfs et personnifier nos peurs. Le bouc, qui pourrait n’être que le sympathique mâle de la chèvre, a été considéré comme « l’incarnation du mal, la figure de Satan, être lubrique qui possède charnellement les sorcières » ; derrière la chauve-souris, tout le monde voit le vampire… Même si « des flocons de laine imbibés de sang de chauve-souris et déposés sous la tête des femmes les rendraient très amoureuses ».

De philtre d’amour en breuvage incertain, Denise Crolle-Terzaghi a fini par imaginer, chaque année, des agendas de sorcières ou d’anges. Des grimoires qui, à l’heure où la planète joue les apprentis-sorciers, ont leur petit succès…

 

« Les animaux fabuleux, légendes et superstitions », Denise Crolle-Terzaghi, 139 pages, Rustica Éditions, 14,95  €.